Ce n'est ni une école située dans une banlieue dite «à risques», ni un collège professionnel à problèmes. Il s'agit d'un lycée comme tant d'autres, en plein coeur de Paris dans un arrondissement agréable, le IIIe, ni meilleur ni plus mauvais qu'un autre : le lycée Turgot. Un établissement important qui compte 1 400 élèves de toutes origines et de toutes religions. Et c'est là que le bât blesse.
Alors qu'on aimerait penser à un brassage des cultures et des idées, on ne rencontre que haine et différences. Ici chacun a investi un coin de cour : juifs, Arabes, Noirs, Chinois et les «Français blancs», en clans bien distincts. Pas question de se mélanger. Et si on se parle, c'est pour s'insulter. Pire, dans un local aujourd'hui désaffecté qui servait de cafétéria, les murs sont taggués d'inscriptions antisémites, d'appel à la guerre raciale, de croix gammées, de caricatures de faciès juifs. Deux blocs principaux s'affrontent : les musulmans et les juifs. Pas de violence physique mais une ambiance épaisse, pesante.
Cyril Denvers, sur une idée de Maria Roche de Réservoir Doc, est parti enquêter sur le phénomène de communautarisme. Sans véritable a priori, plutôt avec l'envie de «minimiser la situation». Il n'a pu que déchanter. D'abord il s'est heurté à l'hostilité des profs qui ne voulaient pas briser l'Omerta, méfiants envers les médias malgré l'accord du proviseur, Thérèse Duplaix ; puis à celle des élèves qui se détournaient quand il approchait sa caméra. Ce qu'il a aperçu inscrit sur les tables et les murs, lui a «glacé le sang». Tout comme de voir ces adolescents se rejeter. «J'ai découvert tout ça en même temps que je tournais, dit-il. J'étais dépassé par ce que je voyais.»
Ainsi, dans cette classe de seconde de Turgot, le prof d'histoire géographie parle des conséquences de la Seconde guerre mondiale. Réactions des élèves : «Arrêtez de nous bassiner avec ça», «Ça ne me concerne pas», «Ça ne va rien changer, le devoir de mé moire». On frémit devant tant d'inconséquence. Et puis cette séquence qui donne un peu d'espoir. Une jeune musulmane de terminale raconte à ses copains la visite d'Auschwitz avec sa classe. Elle est bouleversée, décrit ce qui se passait, éclate en sanglots. «Ça peut se reproduire», dit-elle.
Dans cet autre cours, la prof d'espagnol tente en vain de faire entendre raison à deux jeunes filles, l'une juive, qui se plaint de propos antisémites, l'autre musulmane, qui réfute. Il est question de «culture de guerre» et d'une paix qui ne pourra jamais exister. L'incompréhension est totale.
Ainsi dans ce lycée parisien, des élèves revendiquent le droit de partir tôt le vendredi après-midi pour faire shabbat ; d'autres, comme Halima, de porter le voile parce que c'est «Dieu qui en a décidé ainsi» et qu'elle se sent «plus musulmane que française». Alors il faut rendre hommage au proviseur de Turgot, Thérèse Duplaix qui ne baisse jamais les bras. Patiemment, sans s'énerver mais fermement, elle explique qu'un seul principe doit gérer son établissement, la laïcité. Elle martèle ce mot. Le matin elle surveille les vêtements des élèves, refuse tous «signes distinctifs, religieux, ethniques, politiques», tous «accommodements avec la loi», même «petits». Au nom de l'«apprentissage de la citoyenneté», de la «République démocratique».
Thérèse Duplaix sait employer les mots justes. «Elle est forte Mme le Proviseur», dit un père juif qui voulait la convaincre d'accorder à sa fille un assouplissement dans son emploi du temps afin qu'elle pratique sa religion. Elle n'arrivera pas pour autant à faire changer d'avis Halima. Pas d'exception à la règle, elle est exclue. On est souvent bousculé dans cet excellent document de Cyril Denvers qui montre toute la complexité d'une jeunesse qui a perdu ses repères.
La gooooche vient de mettre une degelee a la drouate sociale-democrate-stagnante. Tout va donc rentrer dans l'ordre !

